Bas-Artibonite : une nuit de sang à Jean-Denis, l’insécurité franchit un nouveau seuil

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Dans la nuit du 28 au 29 mars 2026, Jean-Denis, à Petite-Rivière de l’Artibonite, a été frappé par une attaque meurtrière. 

Nul besoin de jugement : le Bas-Artibonite semble déjà condamné à une éternité malheureuse. En Haïti, l’insécurité persiste depuis trop longtemps, s’imposant comme une réalité quotidienne pour des milliers de citoyens livrés à eux-mêmes. Une fois de plus, la population a été frappée par leurs  bourreaux.


À Jean-Denis, des familles entières, plongées dans leur sommeil, ont été réveillées par l’irruption brutale de la violence. La peur, la confusion et la détresse ont rapidement envahi la zone. Selon un direct  diffusé sur Radio Max FM, Wilkervens d’Haïti, employé de la station, a fait état de lourdes pertes. D’après un bilan provisoire, au moins 79 personnes ont été tuées, 30 maisons incendiées et 22 véhicules détruits. La population a fui vers les zones avoisinantes, notamment Saint-Marc, devenu refuge pour les déplacés.


Mais Saint-Marc peut-il réellement absorber cet afflux ? Le HSN (L'hôpital Saint Nicolas) et la morgue sont déjà saturés, témoignant de l’ampleur du drame.


Une grande partie de la population de Pont-Sondé, déplacée à Saint-Marc depuis les attaques des 3 octobre 2024 et 24 novembre 2025 menées par ces mêmes groupes armés, attend encore des réponses de l’État.


Cette récente attaque met en lumière la faiblesse des institutions étatiques et l’impunité des groupes armés. La prolifération de ces groupes et l’absence de sanctions contribuent à installer un climat de peur durable. À cela s’ajoutent des conditions socio-économiques précaires, qui fragilisent davantage les communautés et les exposent à toutes formes de dérives.


Dès lors, des actions concrètes s’imposent. Un renforcement stratégique des dispositifs de sécurité dans les zones sensibles est indispensable. Parallèlement, une lutte réelle contre l’impunité, à travers des enquêtes rigoureuses et des poursuites judiciaires, est nécessaire pour freiner cette spirale de violence.

D'ailleurs, la loi mère de la nation garantit clairement :

Article 26 : droit à la vie et à la sécurité personnelle.

Article 27 : protection de la famille et du domicile.

Article 22 : accès garanti aux soins et services essentiels.

Article 245 : responsabilité de l’État de poursuivre toute violation de ces droits.


Pourtant, face aux attaques répétées à Jean-Denis et à la saturation des hôpitaux à Saint-Marc, ces droits restent lamentablement bafoués. La vie, la sécurité et la dignité des citoyens sont constamment menacées, tandis que l’impunité et la faiblesse des institutions étatiques permettent aux violences de perdurer.


Plus largement, les droits humains eux-mêmes semblent inopérants en Haïti. Chaque citoyen a le droit de vivre sans peur, d’accéder à la santé, de protéger sa famille et son domicile. Mais dans le Bas-Artibonite, ces droits sont quotidiennement violés, laissant les populations à la merci de la violence et de l’impunité.


Il est urgent que l’État assume ses responsabilités, mette fin à l’anarchie et protège réellement les populations. Sans actions concrètes et immédiates, les droits fondamentaux des Haïtiens resteront une promesse non tenue, et la peur continuera de s’installer comme une réalité quotidienne.


Écrit par : Machelda EUGENE, juriste, enseignante, étudiante en journalisme.

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